J’avais l’intention ce soir d’écrire un post sur la lobotomie. Mais un mail inattendu en a décidé autrement.

Je lisais hier un article sur schizophrenies.wordpress.com concernant la mise en scène de la pièce « Un voyage à travers la folie » de Mary Barnes. Je me souvenais avoir lu cet auteur pendant mes études et avoir été frappée par la façon dont elle s’était sortie de la schizophrénie, grâce à l’aide de deux anti-psychiatres anglais, Laing et Berke .  Je fus donc surprise de voir à la fin de l’article un « avertissement » de l’auteur du blog :

AVERTISSEMENT
Nous n’avons pas vu cette pièce et nous ne cautionnons pas le mouvement « anti-psychiatrie ». Les électrochocs sont encore pratiqués en 2010 et apportent des résultats et soulagent les malades en créant un état épileptique après une seule décharge électrique de quelques millisecondes. Ils ne s’agit plus de longues convulsions.
Et la « camisole chimique » soulage bien des malades et leur famille.

Scandalisée, j’écris un commentaire tentant d’expliquer que des centaines de témoignages confirment que les électrochocs ne sont qu’une pratique brutale et cruelle qui quand elle ne cause pas la mort, engendre perte de mémoire, incapacité à travailler, à dormir etc. Voici la réponse du Webmaster :

Pouvez-vous donner une adresse email valide. (sic)
Sinon votre commentaire ne sera pas publié.
Vous faites partie du monde médical ?
D’où tenez vous vos témoigages ?
Les électrochocs ne sont pas imposés, ils sont prodigués aux mélancoliques avec succès. (C’est moi qui souligne)
Je vous conseille de publier vos témoignages sur un blog que vous pouvez ouvrir gratuitement sur wordpress.com
Cordialement,
L’équipe de schizophrenies.wordpress.com

Alors non, je ne fais pas partie du monde médical mais les témoignages proviennent de médecins et de victimes de ces électrochocs. Un témoignage particulièrement intéressant est celui du Docteur Michael Chavin, Directeur d’Anesthésiologie dans un hôpital américain et qui pendant sept ans pratiqua 2.000 anesthésies sur des patients devant recevoir des électrochocs.  C’est en 1992 que, ne pouvant plus supporter ce qui lui était donné d’observer, il décida d’arrêter : « J’ai finalement pris conscience que prendre part à cette procédure était une violation absolue du serment d’Hippocrate de ‘ne pas nuire’… [il s’agit d’un] barbarisme médical sous couvert de soins médicaux »

En 1942, alors que cette pratique se généralise en Europe et aux USA, Roy Grinker, médecin à Chicago, explique que les électrochocs causent « un très net changement ‘organique’ au niveau de la mémoire, changement qui ne se résorbe jamais complètement ». (source : ce témoignage est cité dans le livre PSYCHIATRY: THE ULTIMATE BETRAYAL de Bruce Wiseman à partir des Archives of Psychiatry and Neurology 47, juin 1942)

Lors d’un électrochoc, le patient reçoit entre 70 et 170 volts d’électricité à travers le cerveau. Le choc dure entre 0,1 et 1,5 secondes et cause chez le patient un coma ainsi qu’une attaque cérébrale qui elle dure entre 30 et 45 secondes. Le docteur Chavin qui en a une expérience objective et subjective le décrit ainsi : « il y a une augmentation très marquée du métabolisme avec comme effet de priver le cerveau d’oxygène entraînant la destruction de cellules et de certaines connexions nerveuses. » Il faut savoir que le cerveau est l’organe consommant le plus d’oxygène (environ 20%) et il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’un manque d’oxygène cérébrale peut causer.

C.P.L Freeman et R.E Kendell rapportent dans une édition du British Journal of Psychiatry de 1980 que 63,9% des patients se sont plaints d’une détérioration de leur mémoire suite aux électrochocs. Un autre médecin psychiatre David Richman écrit en 1978 : « le témoignage personnel de nombreux patients ayant subit des traitements de choc atteste que l’ECT peut causer et cause effectivement une perte de mémoire permanente. Le langage, certaines compétences ainsi que le souvenir d’expériences personnelles peuvent être effacés de l’esprit comme de la craie sur un tableau noir. Les psychiatres affirment malgré tout que les électrochocs ne causent qu’une perte de mémoire temporaire, que la perte de mémoire ou intellectuelle n’est pas permanente, mais  rien ne nous prouve que c’est effectivement le cas. »

Les Archives of General Psychiatry sont une autre source que Bruce Wiseman utilise dans son livre. Selon un article de septembre 1982,  une étude faite sur 90 cas de suicides à révélé que 10% d’entre eux avaient reçu un électrochoc dans les quatre mois précédant le suicide, deux patients se suicidant à l’hôpital même et sept peu de temps après leur sortie.

Je n’ai pas besoin de rappeler le cas tragique d’Ernest Hemingway. Il écrivit que les électrochocs lui avaient « détruit l’esprit et effacé la mémoire ». Il se suicida après avoir reçu des électrochocs.

D’autres témoignanges d’experts ainsi que des témoignages personnels peuvent être consultés sur ccdh.fr

Il est scandaleux que de tels traitement existent encore aujourd’hui en France. N’importe qui peut comprendre qu’il s’agit d’électricité appliquée au corps et à un de nos organes les plus sensibles, que l’électricité brûle et détruit. Penser qu’elle peut GUERIR revient à penser que les insecticides améliorent le goût de nos aliments… Alors dire que les électrochocs « apportent des résultats et soulagent les malades » et qu’il sont « prodigués aux mélancoliques avec succès » n’est qu’un mensonge, un refus d’observer l’évidence pour se convaincre soi-même du bien-fondé d’une telle barbarie.

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