C’est avec ce très court extrait du serment d’Hippocrate que je commence ce post sur, comme promis, la lobotomie.

Peu de gens aujourd’hui savent en quoi consiste réellement la lobotomie. Il est vrai que le sujet en lui-même est tellement odieux qu’il est difficilement concevable pour l’esprit humain.

Je vous préviens et vous l’aurez compris, le sujet est loin d’être sexy mais il me paraît important de l’expliquer afin de pouvoir en mesurer l’importance et l’aspect destructeur.

Afin de comprendre le principe d’une telle pratique, il faut savoir que pour les psychiatres et les psychochirurgiens (la lobotomie est une psychochirurgie, une opération chirurgicale du cerveau dans le but de traiter une maladie mentale — à ne pas confondre avec la neurochirurgie, opération chirurgicale dont l’objectif est de traiter une maladie de l’organe qu’est le cerveau) le site des émotions est localisé dans le système limbique (zone du cerveau composée de substance blanche et se situant à la base du cerveau). Ils pensent donc qu’une altération des états mentaux indésirables passent par le fait de manipuler au sens propre (j’ai plutôt envie de dire trifouiller, tripatouiller) le cerveau.

Nous sommes donc dans un cas de figure où l’entité pensante, la personne elle-même, l’être doué de raison, de sentiments, capable d’aimer ou de haïr, d’être submergé d’émotion par un concerto de Bach, cette entité est réduite non pas simplement à un organe du corps humain, le cerveau, mais à une partie de celui-ci. C’est un peu comme si vous disiez que c’est le moteur qui fait marcher la voiture. Ce n’est pas entièrement faux, juste passablement incomplet. Oui, vous avez besoin d’un moteur pour faire avancer votre voiture mais si vous n’avez pas de conducteur, vous pouvez avoir le meilleur des moteurs du monde, la voiture n’ira nulle part.

En un mot comme en mille, pour les psychiatres LA PERSONNALITE N’EST COMPOSEE QUE DE NEURONES ET DE CHANGEMENTS CHIMIQUES.

Il est donc d’une logique absolue que pour changer la personnalité, changeons le cerveau !

Et c’est là qu’intervient la lobotomie (d’autres techniques existent pour changer le cerveau : les drogues, les électrochocs et d’autres pratiques dans la catégorie psychochirurgie).  En 1935, un neurologue portugais du nom de Egas Moniz eut l’heureuse idée de participer au deuxième congrès international de neurologie de Londres. C’est là qu’il entendit l’histoire de deux chimpanzés habituellement impatients et indisciplinés qui après qu’on leur eût ôté les lobes frontaux se retrouvèrent soudains calmes et passifs. L’extraordinaire esprit de Moniz ne fit qu’un tour et il conclut en toute logique que le même traitement pourrait être appliqué pour calmer les émotions humaines. (Je vous assure, c’est véridique, dur à croire, mais véridique).

Il me semble que n’importe quel médecin digne de ce nom se serait assuré de sérieusement rechercher le sujet avant de le mettre en pratique. Non, il pratiqua cette opération plus de vingt fois dans les deux mois qui suivirent le congrès. Sa première patiente se retrouva « … moins agitée mais plus apathique. » Il appela cette nouvelle méthode « leucotomie » (du grec leuco, blanc et -tomie, ablation, ablation de la matière blanche…)

Les détails de l’opération sont tout aussi incroyables mais bien plus horribles et hélas par trop réels : le  tortionnaire chirurgien utilise un instrument qui n’est rien d’autre qu’un petit pic à glace (afin de lui donner un semblant de professionalisme, il lui donna le nom de « leucotome ») et le place sous la paupière au niveau de l’os de l’orbite oculaire. Puis d’un coup sec, l’enfonce d’environ 7 cm à l’intérieur du cerveau. Il ne lui reste plus qu’à opérer quelques rotations afin de découper un morceau du tissu cérébral, un peu comme si on évidait une pomme.

Vous avez là un exemple de lobotomie exécutée par un de ses plus éminents praticiens, le docteur Walter Freeman (qui fera bientôt l’objet d’un post à lui tout seul…). Une autre photo histoire d’enfoncer le clou (sans mauvais jeu de mots) :

Parmi les nombreux effets secondaires, on note : crises d’épilepsie (pouvant même se produire des années après l’intervention proprement dite), paresse, irritabilité, hyperactivité, obésité, perte de la personnalité etc.

Cette découverte valut à Moniz le prix Nobel de médecine en 1949… Notons tout de même qu’un de ses patients lui tira une balle dans le dos en 1944 qui le laissa paralysé. Il eut moins de chance quelques années plus tard, un autre de ses patients l’attaqua et il succomba à ses blessures.

Sa pratique hélas lui survécut et des dizaines de milliers de lobotomies eurent lieu dans les années qui suivirent. Il est dit que la lobotomie a été interdite en France, en Allemagne, dans certains états des Etats-Unis et au Japon. Rien n’est moins sûr. En France, une version plus raffinée est en effet pratiquée sous le nom de cingulotomie, mais c’est dans les faits la même chose.

A suivre…

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