Voici une vidéo de quelques minutes. J’espère que vous avez le coeur bien accroché parce que les images montrent comment cet homme (n’ayant pourtant rien d’humain) pratiquait la lobotomie. Ce qui me frappe surtout dans ces images c’est le détachement absolu dont il fait preuve. Pire, on le voit en train de tenir la main d’un « patient », comme s’il tenait un objet. On le voit pratiquer son opération, comme s’il découpait un morceau de viande. Il ne manifeste aucun intérêt, c’est à se demander d’ailleurs s’il est . Il n’est effectivement pas possible je pense de faire ce genre de choses si on a ne serait-ce qu’un peu de sentiment vis-à-vis son prochain. Envisager un tel procédé exige de considérer l’autre comme un animal, comme quelque chose de tellement différent et d’étranger que tout devient possible. Ce qui n’est pas sans rappeler les expériences faites sur des hommes vivants par les « médecins » des camps de concentration. La pratique est tellement primitive que j’ai même du mal à utiliser des mots pour la décrire.

A noter qu’un des « résultats » de l’opération était ce que Freeman appelait « le syndrôme du lobe frontal », à savoir une condition végétative, « une nonchalance, une inaptitude à exécuter certaines tâches et la perte du contrôle social ». Moi, j’appelle ça un zombie, mais pour les psychiatres, il s’agit d’un « bon résultat » car pour le patient, maintenant, plus rien n’a d’importance.

La vidéo est édifiante :

On peut voir comment il pratiqua sa première opération sur une patiente qu’il avait tout d’abord rendu inconsciente avec un électrochoc. Je vous épargne la description de la procédure, raffinement de la leucotomie de Moniz (qui lui forait deux trous dans le crâne du patient), dont j’ai déjà parlé ici. De nombreux observateurs s’évanouissaient ou vomissaient et ne pouvaient supporter de rester dans la salle. Freeman donna une réelle impulsion à cette pratique qui se généralisa dans le monde entier et qui de 150 en 1945 aux USA passa à plus de 5000 en 1949 (d’autres sources rapportent jusqu’à 20 000 lobotomies). Les enfants n’étaient pas épargnés. Il pratiqua lui-même 19 lobotomies sur des enfants de moins de 18 ans, dont un de moins de 4 ans… En 1967 il avait personnellement réalisé plus de 2900 lobotomies (d’autres sources encore rapportent plus de 4000). En 1967, une de ses patientes mourut d’une hémorragie cérébrale, ce qui mit fin à sa carrière. Mais il était trop tard, la lobotomie avait gagné du terrain et des partisans.

Les ravages de la lobotomie sont effrayants. Des livres, des pièces de théâtre ont été écrits, des films ont été réalisés, en général suscités par des expériences comme celles vécues par l’actrice Frances Freeman, ou encore par Tennessee Williams dans Soudain l’été dernier (sa soeur Rose, dont il était très proche, a été rendue invalide suite à une lobotomie et a passé le restant de ses jours dans une institution psychiatrique) et dans Something cloudy, something real ; sans oublier le célèbre roman de Ken Kesey Vol au-dessus d’un nid de coucou adapté au cinéma en 1975 et immortalisé par Jack Nicholson. Enfin, plus récemment l’adaptation par Martin Scorcese du livre Shutter Island et la bouleversante interprétation de di Caprio révèlent l’horreur et l’inhumanité absolue de la lobotomie frontale. Martin Scorcese d’ailleurs écrit que les disciples de cette méthode  « considèrent les malades mentaux violents comme étant incurables et cherchent à contrôler le comportement en leur infligeant des lésions cérébrales irréversibles, par l’utilisation aveugle de traitements de chocs et de méthodes chirurgicales irresponsables telles que la lobotomie ». (ma traduction)

Comme je le disais dans un précédent post, la lobotomie n’a pas disparu malgré ce qu’on veut nous faire croire. La vidéo que vous venez de voir explique d’ailleurs que la drogue Thorazine, mise en vente dès 1954, est une forme de lobotomie chimique dans le sens où elle produit le même résultat que la lobotomie sans les risques de la chirurgie. Cette drogue est commercialisée sous le nom de Largactil en France et très largement prescrite.  Les drogues psy feront bientôt l’objet d’un post à part entière.

 

 

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