La route de Los Angeles à San Francisco est l’une des plus belles au monde. Elle marie sur la gauche des vues oniriques sur l’océan Pacifique et sur la droite les fameuses collines californiennes, celles qui me faisaient rêver quand j’étais petite. Pour une raison que j’ignore, je ne cessais de penser aux cow boys des westerns de mon enfance et je les imaginais caracolant et galopant sur ces mêmes collines…

Il est très difficile de garder les yeux sur la route tant le paysage est à couper le souffle. On y passe par Malibu, Santa Barbara, San Luis Obispo, et les petites villes de Sur, Carmel et Monterey avant d’arriver à Santa Cruz puis enfin San Francisco.

Il existe un autre route à l’intérieur des terres, et là c’est le désert, la route est toute droite pendant des kilomètres. Plaines désertiques et aqueducs, vergers et éoliennes  alternent. Il n’est pas rare de dépasser des camions chargés de fruits ou de légumes. Elle est plus rapide et il faut environ 7 heures pour  relier Los Angeles à San Francisco.

L’arrivée sur San Francisco est toujours impressionnante. Cette ville pourrait je pense être qualifiée de ville européenne en Amérique. Elle n’a rien à voir avec LA à commencer par la température. 35° à LA, 17 à San Francisco… l’hiver en été et un vent glacial.

Particulièrement cosmopolite, elle me fait penser à New York d’abord parce qu’il est juste impossible de s’y garer (ou alors en payant des sommes astronomiques…) et parce qu’elle bouillonne d’activité. Mais n’oublions pas que nous sommes sur le Pacifique et que tout ici est beaucoup plus décontracté. Là encore pas moyen d’éviter de penser à cette série des années 70 dont je suis certaine que vous vous souvenez tous : Les Rues de San Francisco avec Karl Malden et le jeune Michael Douglas. J’étais fascinée par les poursuites de voiture dans les rues en pente ! Je vous avoue que je me suis laissée prendre à la griserie de la vitesse sur ces routes uniques au monde…

Et encore celle-là n’est pas très inclinée comparée à d’autres…

Pour la petite histoire, en 1776 les conquérants espagnols établissent un fort pour protéger les missions et les colonies (appelé en espagnol un presidio — on peut toujours le voir aujourd’hui) et l’une des missions est dédiée au patron des missionnaires : saint François d’Assise, d’où le nom de San Francisco.

C’est une ville qui s’est développée au moment de la ruée vers l’or attirant des aventuriers du monde entier. Encore pour la petite histoire, Oscar Levi Strauss s’installe à San Francisco en 1847, y crée les premiers jeans qui ont un succès immédiat auprès des chercheurs d’or.

San Francisco est marquée par une tradition de tolérance. Des dizaines d’églises et de communautés religieuses y sont installées et y vivent en parfaite entente.

C’est à San Francisco que le mouvement des Black Panthers a vu le jour, que la contreculture hippie est née et que l’activisme homosexuel  a remporté les plus grandes victoires.

Harvey Milk est une des icônes de ce mouvement. Il n’est pas très connu en France et pour ceux qui n’ont pas vu l’excellent documentaire de Rob Epstein (réalisé en 1984 et Oscar du Meilleur documentaire en 1985) ou le film éponyme de Gus Van Sant sorti en 2008 et interprété par Sean Penn (et qui selon des San Franciscains ayant vécu ces épisodes, est très fidèle aux faits — et qui a remporté les Oscars du meilleur acteur et du meilleur scénario), Harvey Milk est un homme politique et conseiller municipal de San Francisco dans les années 70.

Milk se passionne pour l’art et et plus particulièrement pour l’opéra. Avant son engagement politique, il vit à New York à la fin des années 60. Il produit plusieurs pièces de théâtre à Broadway ou off-Broadway, dont Hair et Jesus Christ Super Star. Un de ses amants,  Joe Campbell est d’ailleurs immortalisé par Lou Reed sous le nom de Sugar Plum Fairy dans « Walk on the wild side. »

(quand je vous disais que j’étais une fan totale des groups de rock des années 60 !)

C’est au début des années 70 que Milk se rend à San Francisco lors de la tournée de Hair et qu’il tombe amoureux de cette ville. Il décide d’y déménager en 1972 et de faire son coming out en tant qu’homosexuel. Il s’installe sur Castro Street, coeur de la communauté gay de San Francisco et y ouvre un magasin d’appareils photo.

Il s’engage immédiatement dans la cause homosexuelle et finit par remporter un siège de conseiller municipal en 1977. Il fait campagne pour l’égalité des droits des homosexuels et empêche le passage d’une loi qui aurait refusé aux gays un poste d’enseignant dans les écoles publiques de Californie.

Quelques mois plus tard, le 27 novembre 1978, Dan White, collègue de Milk mais ouvertement anti-gay et qui vient de perdre son poste, ouvre le feu sur le maire de San Francisco George Moscone et sur Harvey Milk, les tuant tous les deux.

Et c’est après tous ces détours que j’en reviens au sujet de ce blog. L’avocat de White obtient une soit-disant expertise psychiatrique réalisée par le psychiatre Martin Blinder indiquant qu’au moment des faits, White souffrait de dépression et de « diminution de ses capacités ». Ceci l’avait conduit à consommer de grandes quantités de sucre, expliquant ainsi son comportement irrationnel et son crime.  Aux USA, on appelle cela, la « Twinkie defense« . Lisez cet article, si les conséquences n’étaient pas aussi graves il y aurait franchement de quoi rire.

White avait bel et bien prémédité ses crimes. Il savait parfaitement ce qu’il faisait : en 1984, il déclare à l’officier de police Frank Falzon qu’il avait non seulement l’intention de tuer Moscone et Milk mais aussi Carol Ruth Silver, conseillère municipale et Willie Lewis Brown Jr., auteur du projet de loi légalisant l’homosexualité en Californie, « J’avais une mission, il me fallait les quatre. Carol Ruth Silver était la pire des vipères… et Willie Brown, c’était lui le cerveau. »

White est cependant déclaré coupable d’homicide volontaire au lieu de meurtre au premier degré et assassinat avec l’effet de réduire sa condamnation à sept ans de prison.  S’ensuit une série d’émeutes qui sera très sévèrement réprimée.

Il sera libéré au bout de cinq ans et finira par se suicider quelques mois plus tard.

Comment nous en sommes arrivés à remplacer les juges par des psy et à ainsi déresponsabiliser les hommes de leurs actes fera l’objet d’un autre post. Mais le type de décision arbitraire judiciaire que je viens de relater n’est qu’un exemple de ce qui se produit quotidiennement dans le monde. Il est déjà assez horrible d’assister à des crimes. Mais quand les responsables en sortent excusés et impunis, que reste-t-il du concept de justice ?

Publicités