C’est par le plus grand des hasards que je me trouve depuis quelques jours à une quarantaine de minutes d’Oak Park, petite ville proche de Chicago, où est né et a grandi Ernest Hemingway.

J’ai rentré le nom de la ville dans mon devenutotalementtindispensable GPS et me suis retrouvée moins d’une heure plus tard dans la ville qui a vu naître le prix Nobel de Littérature 1954.

Pour la petite histoire Oak Park a également abrité le créateur de Tarzan, Edgar Rice Burroughs ainsi que l’architecte Frank Lloyd Wright qui y a dessiné de nombreux bâtiments.

Hemingway est un écrivain d’avant-garde qui a voyagé en Europe en tant qu’ambulancier et journaliste pendant la première guerre mondiale. En 1922, il s’installe au 74 rue du Cardinal Lemoine à Paris avec sa première femme. Il rencontre entre autres Scott Fitzgerald, Gertrude Stein et les autres écrivains de la Génération Perdue, ces auteurs américains, hommes et femmes, détruits par la guerre, cyniques et désabusés.

Il écrit, parcourt l’Europe et rencontre Malraux en Espagne pendant la guerre civile. Il est en Europe pendant la seconde guerre mondiale. Ses nombreux livres sont des témoignages saisissants de ce qu’il vit entre 1917 et 1950. Son expérience personnelle de la guerre (il y est blessé) ainsi que les souffrances d’autrui auxquelles il fait continuellement face influencent radicalement sa vie et son écriture : il supprime tous les mots inutiles, simplifie la structure de ses phrases et se concentre sur les actions et les objets plutôt que sur les idées et sur l’abstraction du langage écrit.

Très rapidement, l’écriture n’est hélas plus un exutoire suffisant. Il s’enlise dans l’alcool et sombre dans la dépression. Il est admis dans la tristement célèbre Clinique Mayo et reçoit vingt électrochocs. Il se suicide deux jours  plus tard après avoir écrit : « ces docteurs de « choc » ne connaissent rien aux écrivains… Chaque psychiatre devrait être requis de prendre un cours d’écriture créative afin de savoir ce qu’est un écrivain… Dans quel but ont-ils détruit mon esprit et effacé ma mémoire, qui est mon capital, je ne peux plus travailler. Le traitement était brillant, mais on a perdu le patient. »

J’ai déjà parlé des électrochocs ici. Un peu plus de précisions à ce sujet :

Le traitement par électrochoc, ou sismothérapie, consiste en des décharges électriques de 100 à 200 volts à travers le cerveau, d’une tempe à l’autre (électrochoc bilatéral), ou du front à l’arrière et sur le côté du crâne (électrochoc unilatéral).

Et pour la description de ses effets, là encore il faut s’accrocher :  

1. Lorsque le courant de haut voltage frappe le cerveau, il submerge les mécanismes protecteurs normaux du système nerveux central. Le mécanisme « amortisseur » qui évite que les nerfs ne se stimulent trop l’un l’autre est le premier à disjoncter. Un énorme orage électrique cérébral se déclenche à travers le cerveau et dure plusieurs minutes. Ceci épuise complètement les réserves d’oxygène et d’éléments nutritifs du cerveau et est suivi d’un profond état comateux. Toutes les fonctions normales du cerveau sont détruites.

2. D’importants changements du métabolisme et de l’afflux de sang au cerveau sont nécessaires pour faire face à la crise. Bien que le cerveau ne représente que 2 % du poids du corps, il utilise normalement 20 % de sa provision d’oxygène à cause de son taux élevé de métabolisme. L’attaque provoquée par le choc électrique accroît le métabolisme du cerveau d’environ 400 %, augmentant ainsi ses besoins en oxygène et en substances nutritives dans les mêmes proportions.

3. Afin de répondre à la demande d’oxygène et d’éléments nutritifs nécessaires pour conserver le cerveau en vie durant la convulsion, l’afflux de sang au cerveau doit être augmenté aussi d’au moins 400 %. De ce fait, la pression sanguine cérébrale s’élève de 200 % avec des résultats catastrophiques.

4. Cette tension artérielle cérébrale extrêmement et la défaillance de la régulation de ce flux pendant l’attaque, provoquent l’éclatement de petits, et parfois même de gros, vaisseaux sanguins. De nombreux décès, pendant ou juste après l’électrochoc, sont dûs à ce facteur d’hémorragies cérébrales.

5. Le choc électrique endommage la protection sanguine du cerveau. Cette protection est en fait un mécanisme défensif qui protège l’intégrité chimique du cerveau des matières et des fluides étrangers qui pourraient s’infiltrer et ainsi modifier ou endommager la structure délicate et la fonction du cerveau. La perte de cette barrière protectrice expose les tissus à des composants du sang desquels ils sont normalement protégés. Ceci inclut des drogues de toutes sortes, des protéines, des toxines et autres petites molécules qui ne traverseraient pas normalement cette protection sanguine du cerveau.

6. La combinaison de l ‘élévation de la tension artérielle dans le cerveau, des hémorragies et de la rupture de la barrière de protection sanguine provoquent un gonflement du cerveau. La haute pression chasse les protéines et autres substances hors des vaisseaux, désormais poreux, vers le cerveau, et les fluides suivent à leur tour. Les tissus commencent à enfler, pressant le cerveau contre la boîte crânienne. Ce processus, une fois amorcé, s’amplifie : comme la pression augmente et comprime le cerveau contre le crâne, les capillaires se ferment et leur enveloppe est endommagée par le manque d’oxygène, les rendant ainsi encore plus poreux. Ceci conduit à un gonflement et à des dégâts plus importants.

7. Le gonflement restreint l’apport de sang à certains neurones, le réduisant au-dessous du niveau élémentaire indispensable. Les cellules nerveuses et autres tissus, privés d’oxygène et d’éléments nutritifs, sont détruits et meurent.

8. Quand bien même cet oxygène est fourni, les neurones meurent lorsqu’ils ont épuisé les sources d’énergie dont ils ont besoin pour fonctionner. Comme le cerveau tarit sa source d’éléments nutritifs, il est irréversiblement endommagé. Si bien que, même quand de l’oxygène est fourni, la raréfaction de ces substances nutritives nécessaires endommage le cerveau et provoque l’état comateux qui suit toujours l’attaque.

9. L’électrochoc entraîne donc la modification de la composition chimique du cerveau. La synthèse de l’ADN et des protéines est inhibée. Un dérèglement des neuro-transmetteurs et d’autres enzymes associées apparaît. La fonction de « centrale de distribution » de la structure chimique du cerveau est ainsi détériorée. Il en résulte une perte de mémoire et de l’orientation spacio-temporeIle.

10. A la suite d’électrochocs, il y a une élévation notable de la quantité d’acide arachidonique dans le cerveau (acide gras présent dans les cellules vivantes). De grandes quantités de cette substance causent de petites attaques partout dans le cerveau. Comme avec la rupture des vaisseaux sanguins, ces dégâts cérébraux surviennent au hasard et ne sont pas limités à la zone assaillie par le choc électrique. Ils peuvent conduire à la mort.

Ces données médicales ont été tirées des études suivantes : – Dr Peter Sterling, Professeur de Neurobiologie de la Faculté de médecine de Pennsylvanie : « Les dommages causés au cerveau et les pertes de mémoires dues aux électrochocs » – du Dr John Friedberg, neurologue: « Les traitements de choc sont mauvais pour votre cerveau » (Publications Glide, San Francisco) – Léonard Roy Franck : « L’histoire du traitement de choc » (Ed. NAPA, San Francisco) – Dr Thomas SZASZ, psychiatre et auteur: « La folie, idées et conséquences »

Un peu long, mais j’ai essayé d’être aussi simple et factuelle que possible. Il nous faut connaître ces pratiques et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les éliminer. Elles ne font que reléguer l’homme au rang d’animal, le détruire et annihiler sa conscience. Hemingway en est un célèbre exemple.

Tout aussi tristement, sa petite-fille Margaux est morte à l’âge de 41 ans suite à l’ingestion d’une dose mortelle de phénobarbital et quelques mois après avoir été internée en psychiatrie.

 

 

 

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