S’il est des sujets sur lesquels je n’aime pas écrire, c’est ceux de la guerre, du terrorisme, de la mort. Mais il est difficile  de les ignorer particulièrement après avoir passé, pour la première fois depuis 2001, un 11 septembre aux Etats-Unis. L’émotion est partout palpable. Sujets difficiles mais nécessaires, j’en ai bien peur.

Certains diront qu’il vaut mieux entendre ça que d’être sourd… Moi, je pense que ni l’un ni l’autre ne sont préférables et qu’il vaut mieux faire tout ce qui possible pour ne plus jamais entendre ce genre de propos. Mais bon, les choses étant ce qu’elles sont, faisons face au monde dans lequel nous vivons et regardons ce que les psychiatres ont à dire.

Cette vidéo de quelques minutes est extraite d’une émission présentée le 25 avril 2002 sur Iqra TV (Arabie Saoudite). Il s’agit d’une interview du professeur Adel Sadeq de l’Association Psychiatrique Américaine et directeur du département de psychiatrie à l’Université Ein Shams du Caire. Regardez bien sa physionomie, ses expressions.

En voici la traduction :

Journaliste : Commençons par parler du caractère psychologique du martyr. Qui est le martyr ? Qui est cette jeune femme qui va se marier dans deux ou trois mois, qui est belle, qui a 17 ans, qui attache autour de son corps une ceinture d’explosifs et qui se transforme en bombe humaine ? Quel est le caractère psychologique du martyr ?
Pr. Adel Sadeq : Le caractère psychologique du martyr est celui d’une personne qui aime la vie.
Q : Pour l’amour de Dieu, que voulez-vous dire ? Il recherche la mort !
R : C’est ce qui peut justement sembler étrange pour ceux qui considèrent l’âme humaine comme ce qu’il y a de plus important. Ils sont incapables de comprendre cela parce que les concepts d’auto-sacrifice et d’honneur sont étrangers à leur structure culturelle. Ces concepts n’existent pas dans certaines cultures. Ainsi quand ils font face à un [kamikaze] ils sont dans un état de déni, de déni complet. Ils pensent que c’est impossible et donc commencent à présenter des interprétations stupides et idiotes dont la seule origine est l’ignorance.
Q : Donc un martyr c’est quelqu’un qui aime la vie ?
A : Absolument. Quand il devient martyr, il atteint le summum du bonheur, l’extase suprême. Il est possible que vous et moi ne fassions jamais l’expérience d’une telle extase. Nous ressentons du bonheur quand nous prions Allah ou par exemple quand nous gagnons une grosse somme d’argent, ou encore lors d’une grande réussite. Vous ressentez joie et bonheur comme si vous étiez en train de voler dans les airs.
L’extase maximale, le bonheur maximal – et je parle là en tant que professionnel, en tant que psychiatre – se produit au moment où… il dit 10, 9, 8, 7, 6,  5, 4, 3, 2, il appuie sur le bouton et il se fait exploser. Le plus beau des moments, celui qu’il attend avec impatience se produit quand il dit « un – hop » [geste d’appuyer sur un bouton].
 Il se fait exploser et il se sent voler dans les airs parce qu’il sait avec certitude qu’il ne meurt pas, et c’est là la différence entre nous et eux.
[Les Occidentaux] pensent qu’il se transforme en un cadavre qui brûle et qui s’élève dans les airs. C’est le type de culture qu’ils ont. Mais en réalité, il s’agit d’un acte de transition vers un autre monde, vers un monde magnifique et il sait très bien qu’en quelques secondes, il verra la lumière de son créateur. Il sera aussi proche que possible du créateur.
A un niveau stratégique, il doit exister un plan pan-Arabe pour atteindre notre objectif. Notre but commun est de libérer la Palestine des agresseurs israéliens. Utiliser des mots que les gens n’apprécient plus : « nous allons jeter Israël à la mer. » Cette phrase d’ailleurs est tout ce qu’il y a de plus vrai. De deux choses l’une, ou ils nous jetteront à la mer, ou nous les jetterons à la mer. Il n’y a aucun compromis possible. La coexistence n’est que [stupidité]. C’est eux ou c’est nous.
 

Dans les deux ans qui ont suivi cette interview, les attentats suicide ont plus que doublé et sont passés de 201 dans les 24 mois précédents à 499.

Pour la petite histoire, le terme « assassin » provient de l’arabe haschashin. Si vous avez lu Samarcande d’Amin Maalouf, il s’agit d’un groupuscule d’assassins dont la fonction était d’éliminer publiquement ses opposants. La légende nous dit que Hassan ibn al-Sabbah utilisait le haschisch pour manipuler ceux qu’il envoyait tuer. Il leur disait que s’ils mourraient pour lui, ils auraient accès au paradis dont la drogue leur avait donné l’avant-goût.  

Quelques jours après les attentats du World Trade Center, Jerrold M. Post, psychiatre, escroc expert en psychologie politique, ancien analyste de la CIA et enseignant à l’Université George Washington nous apprend également que les terroristes ne sont pas des psychopathes, mais « utilisent une stratégie politique dans le but d’obtenir un changement politique » (sic). (Voir The Times of India du 15 septembre 2001).

En 1993 et avec une arrogance hors du commun, Ernest Hunter, psychiatre australien, écrit dans Dimensions of Medical and Psychiatric Responsibility in the Third Reich : « Les psychiatres doivent être considérés […] comme étant à même d’alimenter et d’assainir les fondations idéologiques et intellectuelles en ce qui concerne la théorie raciale et de l’assassinat médical. »

En 1942, au coeur de la guerre, Winston Churchill prononçait les mots suivants : « Je suis certain qu’une mesure visant à empêcher autant que possible le travail de ces messieurs [psychologues et psychiatres] serait une mesure judicieuse. Ils sont capables de causer de très gros dégâts avec ce qui peut très facilement dégénerer en charlatanisme. Il est nécessaire d’exercer le contrôle le plus strict sur eux et on ne devrait pas les laisser s’immiscer en grand nombre dans les Forces de combat, avec l’argent du contribuable. »

A l’heure ou des millions d’Américains se souviennent du 11 septembre 2001, à l’heure où les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens reprennent, j’ai trouvé qu’il était intéressant d’avoir le point de vue de ceux qu’on considère comme des charlatans  experts dans le domaine de la santé mentale. Ceux pour qui, de toute évidence, la vie ne vaut pour ainsi dire pas grand-chose.

 

 

 

 

Publicités