Archive for décembre, 2011


Dans son journal Principes de santé, Michel Dogna publie récemment un « Coup de gueule » intitulé « Etes-vous orthorexique ? « 

L’orthorexie est définie comme « le désordre alimentaire de manger sain » et vient du grec « ortho » et « orexie » signifiant respectivement « droit » et « appétit. » Elle est qualifiée de maladie au même titre que l’hyperphagie, qui consiste à manger des quantités de nourriture impressionnantes, l’anorexie et la boulimie.

Cette maladie a été découverte par un médecin, le Dr Bratman, se qualifiant lui-même d’expert en médecine alternative.

Afin de déterminer si vous êtes atteint de cette maladie, il a mis au point un petit test consistant en différentes questions :

  • Passez-vous plus de 3 heures par jour à penser à votre régime alimentaire ?
  • Planifiez-vous vos repas plusieurs jours à l’avance ?
  • La valeur nutritionnelle de votre repas est-elle à vos yeux plus importante que le plaisir de le déguster ?
  • La qualité de votre vie s’est-elle dégradée, alors que la qualité de votre nourriture s’est améliorée ?
  • Êtes-vous récemment devenu plus exigent(e) avec vous-même ?
  • Votre amour-propre est-il renforcé par votre volonté de manger sain ?
  • Avez-vous renoncé à des aliments que vous aimiez au profit d’aliments «sains» ?
  • Votre régime alimentaire gêne-t-il vos sorties, vous éloignant de votre famille et de vos amis ?
  • Éprouvez-vous un sentiment de culpabilité dès que vous vous écartez de votre régime ?
  • Vous sentez-vous en paix avec vous-même et pensez-vous bien vous contrôler lorsque vous mangez sain ?

Si certaines de ces questions démontrent effectivement une certaine obsession, il ne me semble pas que porter attention à la valeur nutritionnelle de ce qu’on avale, avoir plus d’exigence et d’amour-propre et renoncer à des aliments au profits d’aliments plus sains soient symptomatiques d’un désordre mental ! J’ai parfois l’impression de rêver…

Petit tour d’horizon de certains désordres mentaux détaillés dans le DMS IV.

Pour la petite histoire, le DSM est le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux publié par la toute-puissante Association Américaine de Psychiatrie.

Le premier DSM (DSM-I) date de 1952 et diagnostique 60 pathologies. Le DSM-II est publié en 1968 et regroupe 145 pathologies différentes. Le DSM-III de 1980 est révisé en 1987 et comprend 292 diagnostiques étalés sur 567 pages. Le DSM-IV comprend quant à lui 410 troubles psychiatriques.

Une expertise publiée en 2000 par l’Université du Massachusets indique qu’un tiers des experts du comité du DSM-IV a des liens avec l’industrie pharmaceutique. Plus exactement, sur les 170 membres du DSM, 56% d’entre eux, soit 95 avaient un des liens financiers suivants avec une compagnie de l’industrie pharmaceutique :

– a perçu des honoraires ou détient des actions dans une compagnie pharmaceutique ;

– est directeur d’une startup, membre du comité scientifique ou du conseil d’administration d’une entreprise pharmaceutique ;

– a agi en tant qu’expert pour un litige mettant en cause une compagnie pharmaceutique ;

– détient un brevet ou un droit d’auteur ;

– a reçu des cadeaux d’une compagnie pharmaceutique incluant des voyages, des subventions, des contrats et du matériel de recherche.

Des liens avec l’industrie pharmaceutique ont été découverts chez plus de 80 % des membres siégeant au sein de 6 commissions sur les 18 que comprend le comité . Ces liens concernent 100 % des membres du groupe de travail « Troubles de l’humeur » et du groupe « Schizophrénie et désordres psychotiques, ainsi que 81 % du groupe «Troubles anxieux», 83 % du groupe  « Troubles de l’alimentation », 88 % du groupe « Troubles kinesthésiques liés à la prise de médicaments »  et 83 % du groupe « Troubles dysphoriques prémenstruels » (dysphorique signifie instabilité de l’humeur, état d’anxiété, sensation de malaise etc. C’est en fait le contraire de l’euphorie – une femme souffrant de troubles dysphoriques prémenstruels souffre en fait de ce types de symptômes en relation avec l’approche de ses menstruations).

Parmi les membres répondant aux critères « liens financiers », 76 % avaient bénéficié de subventions de recherche, 40 % de revenus comme consultants, 29 % travaillaient dans la communication, et 25 % recevaient des honoraires d’un autre type. Plus de la moitié des membres ayant un lien financier présentaient plus d’un type de relation financière l’engageant auprès d’une compagnie. Onze membres avaient cinq types de liens.

Étant donné que les catégories de maladies mentales désignées par « Troubles de l’humeur » et « Schizophrénie et autres troubles psychotiques » sont les deux principales catégories pour lesquelles un traitement psychotrope est habituellement proposé, le lien entre le recours au DSM et la consommation des produits des firmes pharmaceutiques est une évidence.

Les compagnies pharmaceutiques ont un intérêt direct sur la détermination des troubles mentaux intégrés dans le DSM. Si on va plus loin, on peut affirmer que ce sont les compagnies pharmaceutiques qui vendent des drogues psycho-actives qui déterminent aujourd’hui  ce qui constitue une maladie mentale et comment celle-ci devrait être diagnostiquée et traitée. 

Après cette digression qui n’en est pas vraiment une, je reviens à mon petit tour d’horizon des symptômes. Il y en a littéralement des centaines. Pour n’en citer que quelques uns : la pyromanie est considérée un trouble mental tout comme l’agression envers les gens ou les animaux, la destruction de la propriété, le vol, la tromperie, la violation des règles établies et j’en passe. Il s’agit là de comportements criminels relégués dans une catégorie de troubles mentaux où plus personne n’est responsable de ses actes.

Avec cette augmentation des diagnostics de maladies mentales, de prescriptions de drogues censées les résoudre, ne devrions-nous pas nous attendre à ce que de telles  maladies reculent ? Or la consommation d’anti-dépresseurs en France est la plus élevée du monde et ne cesse d’augmenter. 10% des Américains de plus de 6 ans prennent des anti-dépresseurs. 

Terminons pas une phrase de Thomas Szasz qu’on ne présente plus « Arrêtons de raconter qu’il y a derrière chaque pensée tordue une molécule tordue dans le cerveau. »  

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Ritaline et cancer

Le dernier article date d’il y a déjà 6 mois.

Je pensais pouvoir me remettre à ce blog à ce moment-là mais la vie en a décidé autrement (fou non quand la vie se met à décider à votre place…).

Ces quelques mois ont été très difficiles mais je commence petit à petit à sortir la tête de l’eau. Je me suis dit alors que reprendre l’écriture de ce blog serait une bonne idée. Pourquoi ? Des amis ne cessent de me le demander ; et, pour une raison que j’ignore et malgré le fait qu’il soit très peu mis à jour, Les Petites histoires de Victoire continue à être régulièrement consulté, tous les jours, pratiquement toutes les heures. Il a déjà été lu plus de 4 000 fois. Et ce, sans aucune intervention de ma part. Pas mal non ? Pas grandissime quand on pense que certains blog font cela en quelques jours, mais pas mal.

Pourquoi donc ne pas reprendre ces articles et faire passer des informations qui me semblent importantes ?

Je vais mêler aujourd’hui deux sujets qui ne le sont pas souvent : la psychiatrie et le cancer. Loin d’être drôle, léger, sexy. Mais important.

Dans le post du 10 août 2010 (que l’on peut consulter ici) intitulé Petite histoire des drogues psychiatriques, je parlais entre autres de la Ritaline, stimulant su système nerveux central,  généralement prescrite contre les troubles d’hyperactivité infantile et plus généralement contre les « troubles de l’attention/hyperactivité ou TDA/H. J’y détaillais également les innombrables raisons pour lesquelles elle est prescrite et ses effets secondaires.

J’en rappelle ici quelques uns, non des moindres, histoire de bien enfoncer le clou : on remarque en particulier des effets tels qu’une tension artérielle plus élevée, un température du corps plus élevée également, une perte d’appétit, des vertiges, une sécheresse de la bouche, des douleurs abdominales, des maux de tête, de l’anxiété, des nausées, etc., des cas suicides ont également été observés.

J’étais loin cependant de connaître la relation établie entre la consommation de Ritaline et l’incidence de cancer.

Après plus de 40 années de consommation et « en raison de sa très large utilisation en médecine humaine et du manque de données concernant sa cancérogénicité », la FDA et le National Cancer Institute américain ont demandé des études plus approfondies.

Jusque là pas de problème. On a même envie d’applaudir la FDA.

C’est le National Toxicology Program qui conduit les études. Les résultats publiés en juin 1993 – soit il y a près de 20 ans… – montrent la chose suivante : donner à des souris des quantités de Ritaline proche des doses prescrites à des enfants, cause des tumeurs au foie y compris des cancers extrêmement graves.

Triste à dire, mais il faut savoir que les tests sur les animaux sont d’excellents indices des effets sur la santé des humains. Dans les faits, l’International Agency for Research on Cancer suggère que s’il est prouvé qu’un agent cause le cancer sur les animaux, on devrait également considérer qu’il cause le cancer chez les humains. Et agir en conséquence.

Mais il y a pire, la réaction des laboratoires pharmaceutiques à ces études :

Pour ne pas le nommer, Ciba-Geigy est le fabriquant de la Ritaline. Son directeur adjoint  déclare que « les médecins et les parents devraient savoir cela mais cette étude n’est pas suffisante et les enfants devraient continuer leur traitement. » (sic) Ciba-Geigy s’empresse d’écrire à 100 000 médecins pour les informer de l’étude menée par le National Toxicology Program et pour les rassurer :  la FDA considère la Ritaline comme « efficace et inoffensive. »

Il me semble qu’une information prouvant que la Ritaline cause le cancer chez des animaux de laboratoire devrait être suffisante pour que personne ne la considère comme « inoffensive. » Ca ne vous donne pas l’impression d’enfoncer des portes ouvertes ? 

Le fabricant européen de la Ritaline écrit : “La Ritaline est un stimulant du système nerveux central. On ne connaît pas exactement son action sur l’homme […]. Il n’existe aucune évidence spécifique qui établisse clairement le mécanisme par lequel la Ritaline produit son effet sur le système nerveux central de l’enfant.” Il indique également que “les données disponibles ne permettent pas d’extrapoler le risque hépatique carcinogène observé avec le méthylphénidate (nom de la molécule présente dans la Ritaline) chez l’animal à l’homme, sans toutefois l’exclure formellement”. 

N’aurait-il pas fallu pousser la recherche jusqu’au point où tous les intervenants avaient une certitude complète sur la sécurité d’un produit qu’on prescrit par millions de doses à des enfants ? Ou ne veut-il tout simplement pas communiquer les résultats des investigations ? Plausible ?

N’oublions pas que 100% des 23 carcinogènes humains identifiés (le carcinogène est une substance amenant une cellule normale à se transformer en cellule cancéreuse, résultant en une croissance cellulaire incontrôlée qui va finir par former une masse de tissu appelée tumeur), furent d’abord identifiés comme carcinogènes sur des animaux. 

Quels sont donc ces 23 carcinogènes ?

L’un des plus connus est bien entendu la fumée de cigarette, première cause de cancer du poumon ; des produits chimiques utilisés dans des processus industriels comme le chlorure de vinyle et certaines teintures. Il y a également les nitrites (qui sont des produits chimiques ajoutés à la viande industrielle comme le bacon, les saucisses et d’autres pour empêcher la contamination) qui réagissent avec des substances dans le tract digestif pour former des agents carcinogènes que l’on appelle les nitrosamines. Certains colorants ajoutés aux aliments sont des mutagènes potentiels (les mutagènes sont des substances à l’origine de mutation dans le matériel génétique des cellules).

Les ultra-violets et les substances radioactives sont également des carcinogènes.

Question : que fait-on pour limiter/interdire l’usage de la Ritaline dont les statistiques ne cessent d’augmenter ? Au jour d’aujourd’hui, rien. (En 1997, Novartis avait vendu 28 127 boîtes sur le territoire français. En 2004, les ventes ont été multipliées par six, Novartis en ayant vendu 182 109 boîtes à 7 000 enfants. Aujourd’hui, ils sont plus de 10 000).

Autre question : les enfants traités par Ritaline ont-ils de meilleurs résultats ? Où sont les statistiques ?